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Une application pour les travailleuses du sexe suscite la controverse
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Une application pour les travailleuses du sexe suscite la controverse

On ne pense pas d’emblée à la prostitution quand on évoque « l’économie du partage ». Pourtant, des développeurs québécois viennent de lancer une application inspirée d’Airbnb pour aider prostituées et clients à entrer en contact et à discriminer les « clients à risque ». Vraiment ? À la manière d’un Tinder amélioré, l’application du « sexe sécuritaire » Gfendr a été conçue par deux étudiants en sciences sociales, et un programmeur en informatique. Les promoteurs de cette plateforme inusitée disent vouloir permettre aux travailleuses du sexe de reprendre le pouvoir sur leur travail, de préserver leur identité et de mieux se protéger des clients indésirables. Comme sur Airbnb, les utilisatrices peuvent y créer des profils afin d'y publier leurs photos, décrire leurs services et préciser le lieu où ils les offrent. Les clients peuvent également être évalués ou signalés par les travailleuses du sexe, et vice versa. La plateforme sert aussi de lieu de clavardage entre adultes consentants. « Pour nous, cette technologie permet de changer la réalité des travailleuses du sexe en leur offrant une barrière sécuritaire contre les clients abusifs ou dangereux. Cela permet aussi de bloquer des clients qui recherchent des pratiques non sécuritaires ou des mineures », affirme Mélissa Desrochers, une des cofondatrices de Gfendr. L’application permet d’évaluer notamment le « client » sur trois points : ponctualité, sécurité et hygiène. Lancé en janvier, ce nouvel outil d’échanges de services sexuels compterait plus de 1000 utilisateurs à ce jour, dont 622 travailleuses du sexe et 316 clients, selon ses promoteurs. D’après Mélissa Desrochers, la criminalisation de la sollicitation par la Cour suprême en 2013, qui a amené le gouvernement Harper à promulguer en 2014 une loi interdisant la publicité des services sexuels, a obligé de nombreuses travailleuses du sexe à délaisser les annonces intimes, désormais illégales, pour se tourner vers les réseaux sociaux. « Certaines utilisent leurs profils Facebook et donnent des informations personnelles, comme leur numéro de téléphone. Cela augmente les risques. Sur une application, elles n’ont pas besoin de fournir leur numéro ni leur nom. Leur adresse courriel est chiffrée à des fins de sécurité et non dévoilée aux clients. Aucune donnée personnelle ne peut être retracée », dit-elle. Gratuite tant pour les clients que les « fournisseurs de services », l’application pourrait un jour être financée grâce à des options payantes. Légal ou pas ? Bénéfique ou pas, en matière de réductions des méfaits, la création de cette interface destinée aux échanges sexuels rémunérés soulève la question de la légalité. « Pour nous, il s’agit tout de même d’une forme de publicité et la loi interdit toute forme de publicité entre un client et une prostituée. On est toujours suspicieuses quand on voit des compagnies qui prétendent vouloir notre sécurité et avoir une mission sociale », fait valoir Sandra Wesley, directrice générale de Stella,l’amie de Maimie, un regroupement de travailleuses du sexe. Mais les idéateurs de Gfendr affirment que leur plateforme, qui pourrait bientôt offrir une passerelle de paiement sécurisé, n’encourage pas l’échange de services interdits par la loi. « On offre un outil neutre. On ne contrôle ni les services ni les horaires comme les agences, et contrairement à un algorithme, on ne propose pas de choix aux clients par mot-clé. Ce sont les utilisateurs qui sélectionnent ce qu’ils cherchent. Qu’on soit là ou pas, la prostitution existe, elle est déjà sur les réseaux sociaux », défend Mme Desrochers. Si la porte-parole de Stella convient que certaines travailleuses pourraient trouver ce genre d’outil utile, d’autres ne feront pas du tout confiance à une entreprise qui détiendrait et gérerait des données personnelles sur elles et leurs clients, susceptibles de se retrouver entre les mains de policiers. « On doit présumer que, partout en ligne, on peut être surveillées par les policiers qui disposent de moyens énormes sur le plan informatique », soutient Mme Wesley. Le sexe à l’ère d’Internet Cette dernière admet que depuis que les travailleuses du sexe doivent se tourner vers Internet pour offrir leurs services ou y publier des photos, il est beaucoup plus difficile pour elles d’assurer leur confidentialité. Les services policiers peuvent facilement retracer leur visage grâce à des logiciels de reconnaissance faciale et bloquer leurs allées et venues, notamment aux frontières. « La plupart d’entre nous sont bannies aux États-Unis. On ne peut plus s’y déplacer. Tant que nos activités ne seront pas complètement décriminalisées, ça demeurera difficile pour plusieurs de continuer leur travail », convient Mme Wesley. Cette dernière ajoute que les organismes et regroupements des travailleuses du sexe disposent de leurs propres moyens, notamment de listes de clients « à risque » pour se protéger entre elles. Elle estime qu’il revient aux femmes de juger de la façon la plus sécuritaire pour elles de travailler. « Est-ce que les médias s’intéressent aux salons de massages ou aux agences d’escorte ? Pour moi, cette application, c’est la même chose. Parce que ce sont des universitaires, on traite ça autrement, mais aux yeux de la loi, ce genre de compagnie ne diffère pas de proxénètes ou d’agences d’escortes. La loi ne fait pas cette distinction. » Source :  

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